vendredi 30 juillet 2010

Nilgiri Heights

Aujourd’hui est un jour très spécial : cela fait un mois jour pour jour que j’ai emménagé avec Manon dans mon super appartement ! (PS : j'ai écrit cet article il y a deux jours).

A20, Nilgiri Heights
Shivaji Housing Society, 
Shivajinagar, 
411-016 Pune
INDE
 
Niligiri Heights, notre résidence... assez aisée pour les Indiens comme vous pouvez le voir. Si on peut éviter les cafards et les coupures d'électricité trop fréquentes, why not ?
La poubelle en face de notre ascenseur : un des seules que je connaisse à Pune !

Il y a un mois, la vie était plutôt folklo : pas de gaz ni de plaques électriques, pas d’eau chaude (on n’avait pas trouvé comment allumer le chauffe-eau !^^), pas de rideaux, pas de couverture, pas de chaises, pas de bureau pour Manon… et surtout pas de frigo. D'ailleurs, cet inconvénient m’a joué un mauvais tour le jour où j'ai apparemment bu du lait pas très frais...! :D

Et voici ce qu’on est amené à faire quand on n’a pas assez de petites boîtes ^^ :


Très tôt, Manon et moi avons décidé d’aménager notre salon avec des matelas et des tables basses à la « marocaine ». Il était complètement vide et vu qu'on va vivre ici que 10 mois, on n’avait pas envie de dépenser des milles et des cents. Et puis des matelas, des cousins et des tables basses, c’est beaucoup plus sympa que de vieux meubles en plastoc' ou en feraille achetés d’occas' dans le bouiboui du coin.

Toujours est-il que la première chose qu’on a achetée pour notre salon n’a pas été quelque chose d’une grande fonctionnalité : ce fut une plante verte !

Notre nouvelle copine !
Le vendeur de la "Nursery Plant" livrant notre petit bout de chou à la maison
Ma chambre et celle de Manon ont probablement directement importées de chez Ikea étant donnée nos placards encastrés, mon armoire et mon bureau. Mais elles sont très sympas tout de même. Etonnement, j'ai choisi de prendre la chambre rose : même si habituellement je n'affectionne pas particulièrement cette couleur, elle me rappelle la chaleur des couleurs de l'Inde. La chambre de Manon est dans les tons bleus tandis que la troisième est un peu plus austère, mais sa taille et sa salle de bain privée compensent largement ce petit défaut.

Ma chambre !
Manon et moi avons une autre salle de bain isolée. Trait spécifique à tout appartement : vous trouverez toujours un lavabo dans le couloir. Normal, me direz-vous, au cas où il nous prendrait subitement de nous laver les mains ou de nous brosser les dents sur le chemin menant de nos chambre au salon. C'est vrai, une halte peut s'avérer nécessaire : six mètres à parcourir c'est très long, on ne sait jamais. ^^ C’est également très pratique si on a des TOCS. Autrement je vois pas trop l’intérêt ! ^^

THE lavabo
Notre cuisine est très grande. Elle a été livrée directement de l'entrepôt d'Ikea aussi mais ça rend plutôt pas mal !^^ Et vous pouvez admirer notre nouveau frigo, acheté d'occas' à 50 euros avec un freezer et de couleur assortie aux placards.^^

Notre cuisine telle qu'elle est souvent en réalité, pas tout à fait rangée. Autant publier des photos réalistes !^^

Enfin, la petite cerise sur le gâteau : la terrasse avec balançoire ! So nice ! Même si en ce moment j’avoue qu’elle ne nous sert pas trop vu qu’on est en pleine période de mousson. ^^ :D


Et j'allais oublier, peut être le plus important parfois : le ventilateur !! Bon, en ce moment c'est comme la terrasse : il ne nous sert pas trop. Mais j'ose espérer que la mousson va vite se terminer.



mercredi 28 juillet 2010

"Meeting", "wait wait" and "come tomorrow"

Oh my god ! Quelle galère cette inscription à l’université! Je croyais m’en être sortie, mais c’était trop beau pour être vrai.

Bienvenue dans le terrible royaume de l'administration universitaire de Pune

Alors que j’avais déjà commencé mes cours en Sciences de la Santé, je me suis rendue compte que l’emploi du temps de Microbiologie ce n’était que du fake, une grosse blague : les profs ne le respectent jamais. Quand j’ai débarqué pour la troisième fois en plein milieu d’un cours qui n’était pas celui auquel je devais assister, j’ai commencé à comprendre que je ne pourrai jamais savoir quand auront lieu les miens. Du coup, j’étais obligée de changer de département. Le problème, c’est qu’il fallait que je retrouve l’équivalence de toutes les matières de L3 à Jussieu. Et une fois la Microbio éliminée, ce n’était pas facile de retrouver un emploi du temps sans conflits horaires et avec des départements pas trop loin les uns des autres pour que j’aie le temps de faire le trajet entre chaque cours (il ne faut pas oublier que le campus fait 3 km de long sur 1,5km de large !).

Au bout d’une nouvelle semaine de recherches intensives, j’ai enfin réussi à obtenir un emploi du temps qui tenait la route avec des matières susceptibles de plaire à Jussieu. « Enfin, je vais pouvoir commencer les cours » me suis-je dis. Et non ! Cela aurait été trop simple ! Depuis toujours, les Sciences po sont des « casual students » et peuvent choisir absolument tous les cours qu’ils veulent. J’avais donc choisi 4 cours dans 4 départements différents. Sauf que depuis cette année, la directrice de l’International Centre a décidé de n’autoriser les admissions que dans 2 départements maximum. DEUX ! Je me suis donc préparée aux grosses négociations, n’ayant pas du tout envie de rater ma licence de bio simplement à cause de cases un peu trop carrées dans l’esprit d’agents administratifs.


Mission impossible : tous les jours pendant une semaine je suis venue à l’International Centre pour voir Subbash, le vice-directeur, et tous les jours j’ai eu le droit à des « Meeting, meeting, come at 4 » et à 4 heures « Too late, come tomorrow ! ». Le lendemain : « Lunchtime ! » de midi à 15 heures, et puis des « Wait wait » pendant 1 heure avec toujours rien au bout si ce n’est un « J’en parlerai à la directrice mais c’est deux départements maximum, c’est la règle ». Au bout du cinquième jour, je commençais vraiment à désespérer. Subbash se fichait complètement de moi, il ne me regardait jamais, répondait au téléphone quand je lui parlais et s’en allait en plein milieu de la « conversation ». Il fuyait ! Le vice directeur de l’International Centre ! Je me demande vraiment à quoi il sert. La Terre ne serait pas arrêtée de tourner si je n’avais pas pu avoir cette foutue licence de bio, mais je ne voyais pas pourquoi je ne l’aurais pas eu simplement à cause d’une tête de mule à la noix qui se foutait royalement de moi ! C’était juste rageant !

Finalement hier, Manon a décidé de venir avec moi (elle aussi souhaitait suivre des cours dans 4 départements différents). Après une heure d’attente assises sur le rebord d’un muret très inconfortable, Subbash nous a à peine jeté un regard et nous a dit : « J’ai demandé à la directrice, il est impossible d’être admis dans plus de deux départements ». Tu parles, je suis sûre qu’il n’avait pas du tout pris le temps d’expliquer mon cas à la directrice et qu’il avait juste dit un truc du style « Il y a deux chiantes de Sciences qui veulent s’inscrire dans 4 départements ».
Heureusement, au moment où j’allais baisser les bras devant tant d’indifférence et de dédain, Manon n’a pas lâché l’affaire : elle a insisté pour rencontrer la directrice en personne et elle a bien fait. Après avoir énervé Subbash au plus haut point, on a quand même réussi à la voir. Et devinez la première chose qu’elle nous dit: « Mais pourquoi n’êtes-vous pas venue me voir avant ?? ». Blague… ça fait 3 semaines qu’on essaie de te voir ? Au final, il n’a fallu que 3 minutes pour qu’on lui explique notre problème et qu’elle dise à Subbash de nous faire une lettre d’admission pour les 4 départements de notre choix ! Je n’y croyais plus. En sortant, cette tête brûlée de Subbash a rendu les armes et nous a regardé en nous lançant : « You got what you wanted. She’s my boss ! ».

La sortie !

On va chercher nos lettres cet aprem… en espérant qu’une autre péripétie ne prolonge pas encore la longue histoire de l’inscription à l’université !

Enfin… après, il faudra encore que je m’inscrive dans chaque département, un par un.
“Courage courage Aurore, this is India, you will find the French administration as the most organized in the world when you come back to France!”

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Fin de l'histoire :
Bon, il a quand même fallu qu'on attende Subbash pendant deux heures - jusqu'à la fermeture des bureaux - pour obtenir nos lettres d'admission mais nous les avons enfin ! 
Biotechnology, Botany, Zoology and Health Sciences !

mercredi 21 juillet 2010

A propos d'intégration

Depuis le début de mon séjour, il m’est arrivé plusieurs fois de devoir répondre à la question « Alors, comment ça se passe avec les Indiens ? Tu te sens intégrée ? ».
« Euh…. Oui, non, peut être, un peu, … ‘fin j’sais pas ». ^^
Je me suis rendue compte que formuler une réponse claire n’était pas si simple. J’ai donc pris ma plume pour éclaircir mes pensées.


Pour l’instant, je n’ai pas encore eu le temps de réellement sympathiser avec les étudiants (je ne les connais que depuis deux jours), mais ils sont tous très accueillants envers moi. Ils sourient, engagent la conversation, me préviennent quand un cours est annulé… Ils ne me dévisagent pas ou ne me déconsidèrent pas parce que je suis étrangère, ce qui est n’est pas le cas avec les Indiens en règle général.

En effet, il est n'est pas rare que nos « Hello » tombent dans un abîme de silence. Sans parler de tous ces machos qui te sifflent, t’abordent et te collent tels des lamproies ou de la UHU pour choper ton numéro. Parce qu’évidemment, tu es blanche et occidentale, donc forcément tu es une fille facile qui a plein de fric. Oui… c’est aussi cela l’Inde. L’Inde et l’image que renvoient les femmes occidentales. Nice…
Au fait, c’est ça une lamproie ^^:


Heureusement, tous les garçons ne sont pas aussi irrespectueux envers nous, filles occidentales. Et tous les Indiens ne nous prennent pas pour des extraterrestres tombées du ciel. Nombre d’entre eux répondent à nos sourires, nos salutations, nos questions… Souvent, le premier pas doit venir de nous. Ils voient que nous ne sommes pas des dépravés malpolis et du coup ils commencent à nous trouver sympathiques. Ainsi, mon marchant de fruit et légumes est passé de l’état "tronche de cake" en nous voyant dans sa boutique à l’état "sourire-aux-lèvres-dès-qu’il-nous-croise-dans-la -rue". Celui que je préfère c’est le repasseur (le monsieur qui repasse^^) en bas de mon immeuble, coincé H24 dans son cabanon : à chaque fois qu'il nous voit Manon et moi, il nous fait de grands signes avec les bras, le sourire jusqu’aux oreilles. ^^ En fait, il me fait un peu penser à Hagrid ! :D 


Mais quoiqu'il en soit, le regard des Indiens nous renvoie immanquablement à notre altérité. Désormais, je sais qu’il me sera impossible de m’intégrer pleinement à la société indienne. Outre la barrière de la langue (l’hindi et le maharati sont plus utilisés que l’anglais), il y aura toujours ce regard particulier posé sur l’Autre. A l’échelle globale, on me fera toujours sentir que je suis Différente, même si cela ne part pas forcément d'un mauvais sentiment.

Heureusement, les choses se passent différemment à l'échelle individuelle ! Il suffit de regarder avec qui je passe la plupart de mon temps en ce moment pour s'en apercevoir !^^

Des liens de plus en plus solides se tissent déjà par delà les différences, des amitiés qui trouvent paradoxalement leur source dans ce qui nous rend différents les uns des autres. En d'autres termes - et je vais faire plaisir à Vivian ^^, des amitiés globalisées. 

Welcome to Pune University !

19 juillet 2010 : Début des cours !

Cela ne me rend pas particulièrement heureuse mais vu que j’étais censée commencer mi-juin - et pas mi-juillet - le point d'exclamation me semble nécessaire.

So... Welcome to Pune University !


Après quinze jours de travail de recherche archéologique acharné, j'ai enfin réussi à trouver toutes les informations que je voulais obtenir à propos des cours dans les différents "departments". Pas facile d'élaborer un emploi du temps sans conflits horaires tout en respectant plus ou moins le contrat pédagogique. Mais c'est bon, je suis rodée pour le second semestre ! Maintenant je sais que personne ne connaît l’emploi du temps des cours moins de 3 jours avant la rentrée  et que pour obtenir les syllabi « updated » sur le site de l’université il ne faut pas aller dans la section « 2010 » mais « 2008 »... Evidemment, comment aurais-je pu ne pas y penser ??
Petite capture d'écran du site de l'université, juste pour le plaisir !
 
Au final, après avoir réussi à expliquer que j’étais une « casual student » et donc que je pouvais faire les cours que je voulais sans être admise dans tel ou tel master, je me suis inscrite en Sciences de la Santé et en Microbiologie.
 
La head of department de Sciences de la Santé est très dynamique, à la fois sévère et maternelle, elle est super ! Croyez-le ou non mais elle est la seule de toute l'Inde à avoir pensé à créer une école interdisciplinaire de santé publique. Elle s'investit énormément et à envie d'offrir le meilleur à ses étudiants. Vous imaginez, on utilise même des Power point et un google group en cours… ça change des pupitres datant du 19ème siècle ! Au premier semestre, je vais suivre deux cours dans ce "department" : Introduction to Public Health et Human Physiology. Ce sont des cours de qualité avec des déplacements sur le terrain, des débats et des interros toutes les semaines. Moi qui pensais prendre un peu de vacances en Inde, c’est raté !^^
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour la Microbio, je vous passe les détails : comme le département n’est pas encore passé au système des crédits, chaque module fait un ou deux crédits et n’a lieu qu’une ou deux fois par semaine. J’ai donc pris 8 cours, chacun étant spécialisé sur un point précis d’Immunologie, de Biologie cellulaire, de Microbio ou de Biotechnologie. J’espère que ça ira à Mister Vergé (avec un accent s’il te plait Léa !^^) parce que j’ai pas mal changé mon contrat pédagogique (normal, j’avais regardé les syllabi de 2010, pas de 2008^^).

 
 
Je n’ai jamais vu un campus aussi vert. Bon ok, je n’ai pas vu beaucoup de campus dans ma vie mais tout de même ! ^^ En fait, il ressemble à un petit village de campagne avec ses routes, ses sous-bois, ses petits chemins de terre et ses bâtiments espacés. Les plus anciennes bâtisses sont de style colonial, en bois et un peu bancales, ce qui leur donne un certain charme. Certes, les nouvelles constructions en béton ne font pas très « campagne » mais elles se fondent plutôt bien dans le paysage. Le plus agréable, ce sont tous ces petits parcs boisés. D’ailleurs, tout le monde s’accorde à dire que des racines c’est fait pour être sous terre et des branches dans l’air, n’est ce pas ? Et bien non ! Ici, les racines des arbres sortent du sol et leurs branches plongent dans la terre ! Oui, j’avoue j’ai été un peu étonnée au début. ^^ En fait, tous les jours je suis plus ou moins surprise par ce qu’on peut trouver à l’université. Hier, je suis tombée sur une allée bordée par des arbres dont les branches avaient été orientées de telle façon à former un petit portique au dessus d’un escalier. Je me serai crue chez les elfes ! (Promis, vous aurez une photo).
 
Ou, dans le registre cocasse, on peut aussi trouver ce panneau sur le bord de la route ^^ :
 
 
En tout cas, j’aime cette université. L’ambiance est calme, sereine… On s’y sent bien. Il ne faut juste pas aller à l’International Center. ^^
En fait, ce qui est drôle, c’est que juste devant l’entrée principale il y a un ENORME carrefour où se croisent 4 routes à 3 voies. Le bruit, la pollution, les klaxons, les motos… tout y est pour t’énerver! Du coup, c’est comme si tu plongeais en Enfer pendant 3 minutes pour ensuite mieux apprécier le calme du campus une fois que tu y es rentré. 


samedi 17 juillet 2010

Cet autre monde...

Par un après midi de juillet, je décidai de sortir de mon appartement dans lequel je cuisais depuis deux heures, désœuvrée et narcoleptique. Je pris mon sac, mes clefs, et partis marcher sans aucune idée de là où mes pieds allaient m’amener. J’avais envie de découvrir de nouveaux quartiers au hasard de mes pas, de la même manière que j’aime me perdre à Paris dans les petites ruelles des vieux arrondissements.

Je suis donc passée devant les grandes tours d’affaire de Senapati Bapat Road, les petits bouibouis fast food de la rue d’en face et la célèbre épicerie à comptoir Om Market. Jusqu’ici, tout m’était encore familier, ou du moins autant que cela avait pu le devenir à mes yeux en un mois. Bientôt, je dépassais les étalages d’un petit marché de fruits et légumes, arrivant au carrefour du Vhaibav shop. A droite, l’institut de yoga, à gauche, la route menant au Fergusson College. Je n’étais encore jamais allée en face… Je décidai donc de m’engager vers l’inconnu.

Soudain, j’entendis un bruit étrange et irrégulier me rappelant celui d’un skate board roulant sur le bitume. Curieux de savoir ce qui provoquait ce bruit, mes yeux en cherchèrent la source… et la trouvèrent. Un homme au pied mutilé avançait assis sur une petite planche à roulettes à la force de ses bras. Il roulait en plein milieu de la route, de manière que je ne pus m’empêcher de comparer cet homme à un véhicule. Un hybride entre l’homme et la machine. Comment peut-on vivre librement, humainement, quand on est ainsi dépendant d’un bout de bois posé sur deux petites roues ?

J’étais plongée dans mes pensées quand tout à coup je m’aperçus que j’étais en train de pénétrer dans ce qui ressemblait à un bidonville. Ne m’arrêtant pas pour autant, je continuai de marcher d’un pas vif. Les maisons se rétrécissaient, les toits s’abaissaient, même la rue devenait plus étroite. En moins de cinquante mètres, j’avais quitté le monde de la modernité pour enter dans celui des laisser-pour-comptes. Eprise d’une sensation étrange, entre appréhension et curiosité, j’accélérai un peu pour me donner de l’assurance. J’étais irrésistiblement attirée vers ce monde si différent du mien.

Waderwadi. Ici, les moutons broutent les détritus qui gisent à l’air libre, les chiens traînent au milieu de la route et les femmes frottent des casseroles par terre devant chez elles, c'est-à-dire devant des abris en béton grands comme une cellule de prison. J’observe. L’air blasé, une femme vend du poisson de trois jours, assise sur un petit muret en béton gris abîmé. Un homme marchande du pain et des galettes dans une échoppe en tôles. Un autre assis par terre le dos courbé travaille le fer en lui infligeant des décharges électriques. J’observe, je respire. Je sens l’odeur de la pauvreté, parfois de la pourriture. Un 4x4 noir flambant neuf me dépasse. Cela ne me choque même pas. Une demi-douzaine d’enfants assis à l’arrière rigolent, me font signe et m’apostrophent. J’aurais envie de leur sourire et de leur dire bonjour comme je le fais d’habitude pour les enfants amusés de voir une blanche se promener chez eux. Mais quelque chose m’en empêche. Je ne me sens pas à ma place, je voudrais devenir invisible, ne plus être l’objet de tous ces regards interrogateurs, de toutes ces convoitises. Soudain, je prends un peu peur. Cela fait plus de dix minutes que je marche en terrain inconnu et je ne retrouve toujours pas Senepati Bapat Road. Pourtant, c’est là où je devrais arriver : au carrefour de la route qui mène chez Audrey. Où suis-je ? J’avance encore un peu, en essayant de ne pas avoir l’air perdu. Et là, entre deux arbres j’aperçois ICC Tower, assez loin vers la droite. Je comprends alors que je me suis trop éloignée. Deux solutions : soit tu avances et tu cherches à revenir sur Senapati Bapat Road par un autre chemin, soit tu rebrousses chemin en ayant l’air naturel, toujours pour ne pas montrer que tu ne connais pas ta route. Je choisis la seconde option. Les rues en face de moi serpentent trop pour que je sois sûre de ne pas me perdre définitivement. Alors que si je recule, il me suffit de marcher cinq bonnes minutes d’un pas décidé pour retourner dans les quartiers développés. Je fais donc demi-tour et tente de prendre une expression sévère et déterminée. Je ne veux pas qu’on m’aborde. Personne ne m’interpelle, mis à part un gars que j’aperçois au loin avec sa bande de potes et que j’ignore.

De retour dans un quartier plus familier, je prends plus que jamais conscience de mon appartenance au monde de l’Occident. La modernité m’apparaît comme rassurante et bonne. Peut-on être heureux dans un bidonville ? Non pas que je crois en la supériorité absolue du modèle occidental, loin de là. Mais la mise en place de politiques de développement – tant urbaines que rurales -  me semble plus que jamais souhaitable et nécessaire au déploiement de la liberté humaine. Un homme libre est un homme qui peut.

Encore toute déboussolée de ce que je venais de voir, je n’ai pas vu le garçon arrivant vers moi avec sa brouette pleine de barbelais à recycler. Trop tard. Il me bouscule, me jette un regard par-dessus son épaule et me lance un rapide « sorry ». Mais je suis ailleurs, je ne lui réponds pas. Soudain, je comprends que ma jambe est éraflée. Je regarde : mon pantalon est complètement déchiré à la cuisse, coupé net par l’extrémité d’un barbelais. Pas le temps de m’émouvoir, je continue à marcher. Je veux rentrer. Me poser. Je cache ma cuisse nue avec mon sac à bandoulière pour éviter que les Indiens me dévisagent encore davantage.

Portable qui sonne, SMS de Manon : « Si tu peux, achètes une pomme (et une grenade ^^), on pourrait essayer une compote ». Retour brutal à la réalité. Pas envie de rentrer dans un magasin ni le courage de parler au vendeur. Je rentre. J’arrive devant ma résidence, passe devant les gardiens sans les regarder, monte au quatrième étage en prenant les escaliers. Pas envie d’être assistée pour monter quelques marches. J’ai des jambes, moi.

Enfin, j’ouvre ma porte. Je rentre dans mon 110 mètres carré, 3 pièces, 2 salles de bains, cuisine, salle et balcon.
Je suis blanche, occidentale et riche.

dimanche 4 juillet 2010

En Inde aussi les pubs existent !

Il est temps de vous présenter mes chers camarades punéites ! Je vous propose pour cela de faire un petit tour dans Pune.

Commençons par une petite soirée sympa à Korregaon Park !
Dans l'ordre : Devashish - Dimitri - Abhijit - Manon - Audrey - Florence - Déborah - Moi

Non, nous ne sommes pas en train de boire du feu ! C'était du jus de crawberry mélangé à du triple sec enflammé et je ne sais plus quoi... Nice ^^

Flo, Audrey et moi à Lakshi road, en train de chercher des tentures et des rideaux pour nos tous nouveaux appart' (ou futurs nouveaux appart'!^^)

Manon (ma coloc') et moi avons trouvé un superbe magasin à Korregaon Park! J'ai jamais vu un endroit autant coloré que ça. Hallucinant ! On a (presque) dévalisé la boutique.

 Et oui, les bars à chicha ne sont pas interdits à Pune... j'en ai un juste en bas de chez moi : le Mint café ^^

Et voilà ce que ça donne un 4-0 pour l'Allemagne contre l'Argentine! Il y en a que ça rend heureux. De mon côté, j'étais plutôt genre... devant ça :


Et oui, après 15 jours, je n'ai pas été épargnée par les petits désagréments réservés aux touristes... surtout quand tu n'as pas de frigo et que tu as bu du lait qui avait tourné sans t'en apercevoir ! :-D

Plongée dans un chaos vert organisé

Quand je suis arrivée à Pune, j’ai été stupéfaite par la densité de la circulation dans les rues et le brouhaha incessant qui s’en élevait. J’ai véritablement eu l’impression d’être plongée dans une marée humaine motorisée. Pourtant, ce n’était pas la première fois que je mettais les pieds dans une métropole de pays en développement… Peut-être que cette fois-ci les bruits et les images aiguisaient davantage mon attention parce que je savais que j’allais rester ici pendant un an.



Parmi touts les moyens de transport que l’on peut rencontrer – voiture, bus, « goods carrier », cyclomoteur, vélo, vache, biquette,… – il y en a un qui se détache particulièrement du lot : le rickshaw.


Ce drôle de véhicule est une sorte de taxi jaune et noir à trois roues. Je suis sûre qu’en faisant un arbre phylogénétique, on trouverait qu’il provient de l’accouplement d’une moto et d’une plaque de taule cabossée. Au cours de l’évolution, le rickshaw primitif a du subir diverses mutations et donné naissance à différentes espèces : certains ont un klaxon strident, d’autres font un bruit enroué comme s’ils imitaient le son d’un disque rayé, d’autres encore pétaradent. En revanche, tous les rickshaws muets se sont éteints : ils devaient être trop vulnérables face au trafic chaotique de la métropole… ils n’ont pu survivre selon l’implacable loi de Darwin.


Un chaos certes, mais un chaos organisé.
Comme dans toutes les métropoles indiennes, le passé rencontre le présent, la mondialisation grignote les traditions et la culture indienne se transforme au contact de la technologie et des mœurs importées d’Occident.
Les centres commerciaux flambant neufs s’élèvent à côté des petites maisons coloniales tandis que des centaines de petites échoppes en taule proposant de tout et de rien peuplent le trottoir. Sans compter les petits maraîchers qui posent leur charrette dans un coin et vendent leurs bananes, concombres et autres fruits inconnus des lointaines contrées européennes.
Parfois, on a l’impression que toute cette fourmilière va disparaître sous les hôtels de luxe en construction et sous la pression de la « modernisation ». Déjà, les mannequins minces à la peau claire monopolisent les panneaux de publicité et les boutiques de type Promod, Rolex et Vodafone font tâche d’huile. L’Occident est vu comme un modèle de réussite, LE modèle qui semble promettre bonheur et prospérité.

 














Et nous, petits blancs expatriés, nous sommes dévisagés à tous les coins de rue (surtout quand on se promène avec deux filles en cheveux courts ^^), du genre « Ah, les blancs existent pour de vrais alors ? » ou bien « Quelle décadence ! ». Souvent, on a également le droit à des petits rires sur notre passage : c’est vrai qu’il est assez rare de voir de drôles de larves blanches bipèdes avec éventuellement de gros yeux de mouches quand on porte des lunettes de soleil !


Il me reste encore à justifier l’adjectif « vert » censé qualifier Pune.
Cela peut étonner, mais cette métropole cache de nombreux jardins aux détours de ses petites ruelles. Même si pour l’instant je n’ai pas encore vu de vrais parcs, il suffit de s’éloigner un peu des grandes routes pour trouver des endroits calmes et posés.
Le premier week-end, je suis allée visiter le fort Shaniwar Wada où les premiers ministres de l’Empire du Maharastra siégeaient aux XVIIIème et XIXème siècles (avant que les Britanniques débarquent et nous fassent découvrir le thé !). C’est un endroit idéal pour se poser tranquillement par une après-midi de Juin, un bouquin à la main ou une plume au bout des doigts (reste qu’il faut réussir à ignorer tous ces Indiens qui te prennent en photo !.
Toujours est-il que l'endroit le plus vert est à cour sûr l'université... mais ça, c'est pour un autre post !

vendredi 2 juillet 2010

De Paris à Pune... via le terminal D1 de l'aéroport de Delhi !


Namasté !

Après des jours et des jours d'hésitation, je me suis enfin décidée à tenir un blog pour partager avec vous mon année en Inde qui s’annonce riche en surprises. La 3A... on en a tellement parlé, tellement rêvé, … et voilà qu’enfin je suis arrivée à Pune (Poona en Hindi) !


16 juin 2010 : Jour du grand départ

Je ne me rends pas encore compte que je pars pour un an. 25 kg dans la valise, tout ce que je garde de ma vie parisienne. 25 kg, 5 de trop. Je sors mon ordinateur, quelques bouquins, je recase tout dans ... zut je n'ai pas d'autres bagages à main à remplir ! Panique, panique. Et là, mon père arrive avec un deuxième sac à bandoulière. Mon père, mon héros !^^ Au passage, le gars du comptoir d'enregistrement ne se gène pas pour jeter un œil sur les sous-vêtements qui dépassent de ma valise ouverte. Tu vois Chloé, tu n'es pas la seule à qui ça arrive ! ^^

Derniers « au revoir », derniers bisous. J’entre dans la salle d’embarquement, prête à m’envoler pour l’Inde, ...autrement dit vers l’inconnu. C'est à la fois troublant et tellement excitant ! Alors que j'avais passé les jours précédents à compter les heures qui me restait à vivre en France, je marchais désormais hors du temps. J'étais ni heureuse ni triste, j'allais tout simplement. Une incroyable aventure m'attendait au bout du couloir d'embarquement !

Florence et Audrey ont fait le voyage avec moi. C’est avec elles que j’ai passé mes dix premiers jours à Pune. En fait, neuf parce que le premier je l’ai passé dans un terminal d’aéroport à Delhi !^^
On a décollé avec 3 heures de retard, ce qui nous a fait louper notre changement à Delhi. Du coup, on a du racheter un billet pour le prochain vol vers Pune (c'est-à-dire 10 heures plus tard).
Hé oui, même à Paris on peut faire les frais de la conception indienne du temps… Il suffit de voler avec Air India ! Rien de tel pour se sentir déjà en Inde avant même d’être arrivée dans le pays !