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vendredi 17 septembre 2010

Sudarshan Krya : la purification du corps par la respiration


Parlons d'une expérience intrigante, presque mystique, que j'ai vécue il y a maintenant un mois...

Si je suis venue en Inde, c'est parce que j'avais envie de découvrir quelque chose, quelque chose qui change de la manière de vivre occidentale, souvent stressante, superficielle et parfois trop rationnelle. Or, il se trouve qu'Amit, mon ami indien, m'a raconté des dizaines d'histoires de gourou-guérisseurs ayant des pouvoir dits "surnaturels". A chaque fois, ces anecdotes se finissent par un "miracle" qui a permis à quelqu'un de guérir, d'éviter un accident ou de connaître le futur immédiat d'un de ses proches. 

Au début, tu écoutes, tu ne dis rien, tu souris... Forcément, quand tu viens d'Occident, tu n'as pas trop l'habitude d'entendre parler chaman autrement que dans de vieux contes mystiques ou des reportages sur telle ou telle tribu primitive en Amazonie. J'avoue que j'avais un peu du mal à y croire, même si je fais confiance en Amit. Une histoire peut toujours être magnifiée, enjolivée, mystifiée...whatever. 


En même temps, c'est ce côté mystérieux de l'Inde qui m'attire peut-être le plus. Ce côté "et s'il y avait autre chose à côté des maths, de la physique et de la bio pour expliquer les phénomènes naturels ?". "Et si finalement, aussi "développés" que nous croyions l'être, nous avions oublié de nous souvenir de certaines techniques et pratiques irrationnelles de nos ancêtres ? 
"Et si, en fait, il y avait quelque chose d'autre à côté des sciences, quelque chose de complémentaire ?"

Car ce n'est pas parce que l'homme ne comprend pas tout que le monde devrait s'arrêter aux limites de son entendement.

Peut-être même que dans quelques décennies ou quelques siècles nous arriverons à décrypter ces phénomènes que l'on qualifie aujourd'hui de "surnaturels", tout comme nous savons désormais expliquer de quoi est fait la lumière que nous prenions auparavant pour un don enchanté de Dieu.


J'ai envie de découvrir cette Inde mystique. J'ai envie d'être étonnée, d'être bousculée dans mes préjugés. Je veux voir, sentir, tester par moi-même. 

Fin juillet, j'aurai du rencontrer un chaman résidant dans un temple perdu dans la campagne de Pune. Malheureusement, nous y sommes allés le jour du "Guru's day". De fait, Monsieur le chaman n'avait pas souhaiter nous recevoir, ayant fermement décrété qu'il ne "travaillerait" pas ce jour-là. Ma première occasion de me confronter à l'Inde mystique s'était donc soldée par un échec. Mais ce ne fut que partie remise. Une seconde occasion s'est présentée peu après.


Le Sudarshan Krya est une combinaison de techniques de respiration, de yoga et de méditation visant à "purifier le corps", selon l'étymologie même du mot ( www.artofliving.org ). Apparemment, cette technique est recommandé pour soigner mots de dos, de tête, arthrose, hypertension... mais aussi pour apprendre à maitriser son stress et booster son système immunitaire. Du coup, je me suis dit "génial, c'est fait pour toi, il faut que tu essaies".


Le cours se déroulait sur 6 jours, 4 heures par jour de 17h30 à 21h30, avec interdiction de manger après 15h30. Oui, vous l'avez deviner : moi qui ai tout le temps faim, ... j'ai eu faim ! Deux autres règles devaient également être suivies pendant le cours : 0 alcool/café/thé/drogue (bref, 0 excitant) et 0 "non-veg food" (puisqu' ici la norme est le végétarisme, les carnivores doivent dire qu'ils consomment de la "non veg" food ; tandis que dans nos pays occidentaux, si quelqu'un veut préciser veut préciser son régime alimentaire, on  l'entendra dire "veg", jamais "non veg" qui est la norme). En ce qui concerne la viande (qui ici se résume pour moi à poulet/oeuf/parfois poisson), ça a été étonnamment beaucoup plus facile que prévu. En revanche, j'ai échoué pour l'alcool : j'ai bu 2 gorgées de bière lors d'une soirée (ooohhh damnation je suis perdue). Mais seule la 2ème était volontaire, la 1ère étant descendue dans ma gorge avant que je m'en aperçoive !^^

Le premier cours a vraiment été terrible. Je me suis rarement sentie aussi mal de ma vie. Je ne sais pas si c'est parce que j'avais faim ou si c'est parce que j'avais un mal de dos abominable (je ne peux théoriquement pas m'assoir au sol les jambes croiser plus de quelques minutes... ça faisait 3 heures), mais j'avais juste envie de pleurer, de crier, de courir, de partir loin, loin...  J'ai détesté ce cours. Le soir, j'en ai parlé à Amit qui a également suivi le programme avec moi. Il se trouvait que lui aussi s'était senti hyper mal. Nous voulions arrêter le cours mais avant cela nous souhaitions tout de même attendre une journée de plus pour voir si ça allait changer. 

Sri Sri Ravi Shankar, le fondateur de Sudarshan Krya ayant eu une révélation divine.
Nous avons bien fait. Le deuxième jour fut juste incroyable. J'ai réalisé que le malaise ressenti la veille n'était que la première étape du processus. En plein milieu de l'enchaînement des exercices respiratoires, j'ai commencé à ressentir une douleur à la fois intense et diffuse à travers tout mon corps. Je me sentais si mal que je me suis mise à pleurer, presque à crier. C'était incontrôlable. La douleur, la peine, venait de l'intérieur de moi et je ne pouvais rien faire pour la maîtriser. Elle sortait de mon corps comme si mon inconscient se vider soudainement de tout le stress, de toute l'énergie négative accumulée pendant des jours,  des semaines voire des mois. Comme s'il se purifier. Selon le prof, c'est parce que le fait de respirer d'une certaine manière permet au corps d'éliminer les toxines. Mais bon... il a pas trop su m'expliquer comment. Je suppose que la technique de Sudarsahan krya repose en fait sur une combinaison de facteurs émotionnels et biologiques. Toujours est-il qu'elle a réellement fonctionné sur moi ainsi que sur Amit. Son succès dépend des personnes, de leurs histoires et de leur réceptivité. Chaque expérience est unique : l'un pleura, un autre explosera de rire, un autre encore aura l'impression d'être traversé par de l'électricité... Mais encore faut-il que ça marche. Les quatre autres "élèves" ayant suivi le cours avec nous n'ont pas eu l'air d'avoir ressenti grand chose. Je pense que leur manque de réceptivité a joué en leur défaveur.


Le deuxième jour, la même expérience s'est renouvelée. Cependant, je n'ai plus rien ressenti durant les sessions suivantes. Est-ce parce que je n'avais plus la même motivation du fait que j'avais déjà vécu  l'expérience que je recherchais ? Parce que j'étais plus fatiguée ? Ou parce que mon inconscient s'était  déjà suffisamment "vidé" ? Je ne sais pas. Peut-être un combiné des trois et peut-être aussi parce que j'avais de plus en plus du mal à adhérer à la philosophie trop simpliste du prof. 
Du genre "quoique l'on vive, il y a quelque chose en nous qui ne changera jamais, quelque chose qui nous suit dans toutes nos vies et nos formes de réincarnations." Non, désolée : si j'étais née en Inde ou au XVème siècle, je n'aurais pas la même façon de penser ni la même vision du monde qu'à l'heure actuelle. 
Ou du genre "vivez l'instant présent, ne pensez pas au futur"... Et comment on fait pour vivre sans projet ? 
Bref, ce côté "philosophie au raz des pâquerettes" m'a déçue. Dommage.

Néanmoins, il en reste que cette petite expérience m'a donnée envie de découvrir davantage cette fameuse "Inde mystique". J'espère qu'Amit pourra me faire rencontrer les guérisseurs et gurus qu'il connait avant qu'il ne parte à Delhi en décembre... Je vous tiendrai au courant !

mardi 3 août 2010

Temples, countryside and waterfall… followed by a journey to Paradise

Depuis que je suis arrivée en Inde (cela fait maintenant 6 semaines), vous devez vous demander pourquoi je ne suis pas encore partie voyager. En fait, ce n’est pas une question de mauvaise volonté. Manon et moi avons proposé plusieurs fois à nos chers compatriotes sciences-potistes de se bouger, mais personne n’avait l’air très motivé. Il faut aussi dire que je suis plus ou moins malade depuis 3 semaines-1 mois et que ça va de pire en pire. Du coup, je ne préfère pas trop sortir sous la pluie battante de la mousson, ce qui élimine directement toute possibilité de faire une rando par exemple. Et puis je viens seulement de me sortir de mes galères administratives universitaires qui m’empêchaient d’avoir un emploi du temps fixe et donc de prévoir de grandes sorties. Mais mine de rien, on a tout de même fait quelques visites.

Il y a quinze jours, nous avons goûté à la spiritualité hindoue. Nous sommes allées visiter deux temples dans Pune, deux parmi les centaines d’autres disséminés dans la ville s’élèvant majestueusement ou ornant discrètement le coin d’une rue. J’étais déjà allée à cet endroit avec Florence et Audrey mais je tenais à y emmener Manon (ça tombait bien, elle en avait envie). 

Les deux temples se nomment Jungli Maharaj Mandir et Pataleshwar Cave Temples. Le premier est « traditionnel » dans le sens où c’est une salle ouverte très colorée et construite principalement en bois. Comme tout temple, il est entouré par un jardin qui donne une atmosphère très particulière à l’endroit.  Le seul détail qui rappelle que nous sommes dans un pays en développement est le toit en tôle. Ce temple est l’endroit idéal pour se poser, méditer, faire un break loin du stress et de la rapidité monde moderne. Je ne suis pas rentrée dedans à proprement parlé, je suis restée dans le jardin. Je n’ai pas osé, cela aurait trop intrusif. J’ai enlevé mes sandales et cheminé dans le jardin, en en rempliqqant mes poumons de ce doux parfum d’encens. Après ce petit voyage spirituel, Manon et moi nous sommes dirigées vers le deuxième temple, le Pataleshwar Cave Temples. L’architecture de celui-ci est complètement différente : il est taillé dans la roche dans le style troglodyte, datant du VIIIème siècle après Jésus Christ. A l’origine, il était situé hors de la ville mais aujourd’hui il se trouve en plein milieu d’un des quartiers centraux de Pune. Nous ne sommes pas non plus rentrées à l’intérieur mais nous avons marché autour de ce temple ressemblant étrangement aux vestiges celtiques que l’on peut trouver en Bretagne. Petite Anecdote : quatre indiens nous ont demandé s’ils pouvaient poser pour une photo avec nous ! On a accepté à moitié gênées d’être prises pour des attractions à moitié amusées… mais c’était si gentiment demandé, on ne pouvait pas refuser. Mais the best thing was : les écureuils ! Ils y en avaient plein dans le jardin ! On s’est posé par terre sur la pierre avec Manon et on a passé dix minutes à les regarder, les photographier et les filmer. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon écureuil préféré, même si celui que je connais ressemble plutôt à un drôle d’hybride entre une huître, un félin et une cacahuète. Anyway, I really loved this afternoon.  

L'entrée de Jungli Maharaj Mandir Temple
Jungli Maharaj Mandir Temple
Pataleshwar Cave Temples














Le week-end dernier, Amit nous a emmenées dans la campagne de Pune. J’ai presque honte à dire que c’était la première fois que nous sortions de la ville, mais toujours est-il que cette première fois valait vraiment le coup. A l’origine, on devait rencontrer un gourou-astrologue. J’ai vraiment envie de découvrir de nouvelles choses, d’être étonnée, de vivre de nouvelles expériences. Donc j’avais demandé à Amit s’il pouvait nous amener le voir.

So, no way to negociate : lever 6h30, douche et direct dans la voiture pour ¾ d’heures de route dans les collines vertes fluos et humides du Maharastra. Finalement, nous sommes arrivés à un temple à l’heure de la prière du matin, hyper coloré, très fleuri et embaumant l’encens… Mais là, déception : l’homme qu’on devait voir a décidé de ne pas « travailler » ce jour-là parce que c’était le « Teacher’s Day », un point c’est tout. Selon Amit, ce n’est pas le genre de personne avec qui on peut négocier. Donc pas de gourou ce jour là !


Un temple au milieu de nulle part à l'heure de la prière du matin

Cependant, nous ne sommes pas sortis dans la campagne de Pune pour rien : Amit nous a ammené à une cascade. Mais attention, pas le genre de petite cascade qu’on trouve en bord de route dans les Alpes ! Une vrai cascade avec du courant, des tourbillons et tout ça ! ^^ Je me sentais comme partie à l’aventure, marchant pieds-nu sur les rochers et me baignant presque sous la cascade. Bon, j’avoue ce n’était pas très malin de ma part vu que j’étais déjà malade et très fatiguée à cause de mes récentes insomnies mais c’était tellement excitant ! Et puis j’aimais bien aussi le côté risqué du truc du genre « J’espère que je ne vais pas être mordue ou piquée par une bêbête bizarre traînant dans une flaque d’eau ou quelque chose comme ça ! ». Bon, en même temps, j’étais beaucoup plus rassurée que Manon qui elle n’était pas sous traitement antipaludique alors que je l’étais encore à l’époque !^^ (J’ai arrêté étant donné que j’étais pas en grande forme, que je ne voulais pas encore plus affaiblir mon système immunitaire et que Pune est en zone très peu exposée ; je n’en prendrai que pendant mes voyages.)


















J’avoue que le petit chaï après cette aventure aquatique n’était pas de refus !^^

Tout le long du chemin, nous avons vu de très beaux paysages. Mais le plus beau était très certainement celui-ci :


L’herbe verte fluo, la terre rouge et le lac réfléchissant la lumière de ce ciel si étrange digne d’un tableau surréaliste…

Enfin, lundi dernier Manon et moi sommes allées visiter le Raja Dinkar Kelkar Museum : un musée typique où sont exposés plein d’objets traditionnels. Au moins j’ai appris que les « noddles maker » existaient déjà en Inde au XVIIIème siècle ! Je n’ai pas de photos à vous montrer car il fallait payer un supplément assez conséquent pour y être autorisé.

Hier (dimanche après-midi), on aurait du aller faire une excursion dans les vestiges d’un fort à 45 minutes de Pune mais j’ai été vraiment trop malade samedi donc j’ai préféré rester à l’appart’, ou du moins pas trop loin… Du genre je me suis autorisée à sortir pout me faire faire un massage dans un hôtel 4 étoiles, massage qui ici m’a coûté un 1/5ème du prix que j’aurai payé en France : 550 roupies, soit à peine 10 euros. C’était juste exquis : tu te laisses masser tout le corps à l’huile essentiel ayurvédique pendant 45 minutes… Le paradis ! :D

Juste, pour que personne ne s’inquiète : j’ai attrapé une infection gastroduodénale parce que j’étais fatiguée et que mon système immunitaire était fortement affaibli à cause d’une tourista suivi de 15 jours de rhume, mais je suis bien soignée et je vais déjà beaucoup mieux comparé à avant-hier. Donc don’t worry, I’m not gonna die ! ^^

samedi 17 juillet 2010

Cet autre monde...

Par un après midi de juillet, je décidai de sortir de mon appartement dans lequel je cuisais depuis deux heures, désœuvrée et narcoleptique. Je pris mon sac, mes clefs, et partis marcher sans aucune idée de là où mes pieds allaient m’amener. J’avais envie de découvrir de nouveaux quartiers au hasard de mes pas, de la même manière que j’aime me perdre à Paris dans les petites ruelles des vieux arrondissements.

Je suis donc passée devant les grandes tours d’affaire de Senapati Bapat Road, les petits bouibouis fast food de la rue d’en face et la célèbre épicerie à comptoir Om Market. Jusqu’ici, tout m’était encore familier, ou du moins autant que cela avait pu le devenir à mes yeux en un mois. Bientôt, je dépassais les étalages d’un petit marché de fruits et légumes, arrivant au carrefour du Vhaibav shop. A droite, l’institut de yoga, à gauche, la route menant au Fergusson College. Je n’étais encore jamais allée en face… Je décidai donc de m’engager vers l’inconnu.

Soudain, j’entendis un bruit étrange et irrégulier me rappelant celui d’un skate board roulant sur le bitume. Curieux de savoir ce qui provoquait ce bruit, mes yeux en cherchèrent la source… et la trouvèrent. Un homme au pied mutilé avançait assis sur une petite planche à roulettes à la force de ses bras. Il roulait en plein milieu de la route, de manière que je ne pus m’empêcher de comparer cet homme à un véhicule. Un hybride entre l’homme et la machine. Comment peut-on vivre librement, humainement, quand on est ainsi dépendant d’un bout de bois posé sur deux petites roues ?

J’étais plongée dans mes pensées quand tout à coup je m’aperçus que j’étais en train de pénétrer dans ce qui ressemblait à un bidonville. Ne m’arrêtant pas pour autant, je continuai de marcher d’un pas vif. Les maisons se rétrécissaient, les toits s’abaissaient, même la rue devenait plus étroite. En moins de cinquante mètres, j’avais quitté le monde de la modernité pour enter dans celui des laisser-pour-comptes. Eprise d’une sensation étrange, entre appréhension et curiosité, j’accélérai un peu pour me donner de l’assurance. J’étais irrésistiblement attirée vers ce monde si différent du mien.

Waderwadi. Ici, les moutons broutent les détritus qui gisent à l’air libre, les chiens traînent au milieu de la route et les femmes frottent des casseroles par terre devant chez elles, c'est-à-dire devant des abris en béton grands comme une cellule de prison. J’observe. L’air blasé, une femme vend du poisson de trois jours, assise sur un petit muret en béton gris abîmé. Un homme marchande du pain et des galettes dans une échoppe en tôles. Un autre assis par terre le dos courbé travaille le fer en lui infligeant des décharges électriques. J’observe, je respire. Je sens l’odeur de la pauvreté, parfois de la pourriture. Un 4x4 noir flambant neuf me dépasse. Cela ne me choque même pas. Une demi-douzaine d’enfants assis à l’arrière rigolent, me font signe et m’apostrophent. J’aurais envie de leur sourire et de leur dire bonjour comme je le fais d’habitude pour les enfants amusés de voir une blanche se promener chez eux. Mais quelque chose m’en empêche. Je ne me sens pas à ma place, je voudrais devenir invisible, ne plus être l’objet de tous ces regards interrogateurs, de toutes ces convoitises. Soudain, je prends un peu peur. Cela fait plus de dix minutes que je marche en terrain inconnu et je ne retrouve toujours pas Senepati Bapat Road. Pourtant, c’est là où je devrais arriver : au carrefour de la route qui mène chez Audrey. Où suis-je ? J’avance encore un peu, en essayant de ne pas avoir l’air perdu. Et là, entre deux arbres j’aperçois ICC Tower, assez loin vers la droite. Je comprends alors que je me suis trop éloignée. Deux solutions : soit tu avances et tu cherches à revenir sur Senapati Bapat Road par un autre chemin, soit tu rebrousses chemin en ayant l’air naturel, toujours pour ne pas montrer que tu ne connais pas ta route. Je choisis la seconde option. Les rues en face de moi serpentent trop pour que je sois sûre de ne pas me perdre définitivement. Alors que si je recule, il me suffit de marcher cinq bonnes minutes d’un pas décidé pour retourner dans les quartiers développés. Je fais donc demi-tour et tente de prendre une expression sévère et déterminée. Je ne veux pas qu’on m’aborde. Personne ne m’interpelle, mis à part un gars que j’aperçois au loin avec sa bande de potes et que j’ignore.

De retour dans un quartier plus familier, je prends plus que jamais conscience de mon appartenance au monde de l’Occident. La modernité m’apparaît comme rassurante et bonne. Peut-on être heureux dans un bidonville ? Non pas que je crois en la supériorité absolue du modèle occidental, loin de là. Mais la mise en place de politiques de développement – tant urbaines que rurales -  me semble plus que jamais souhaitable et nécessaire au déploiement de la liberté humaine. Un homme libre est un homme qui peut.

Encore toute déboussolée de ce que je venais de voir, je n’ai pas vu le garçon arrivant vers moi avec sa brouette pleine de barbelais à recycler. Trop tard. Il me bouscule, me jette un regard par-dessus son épaule et me lance un rapide « sorry ». Mais je suis ailleurs, je ne lui réponds pas. Soudain, je comprends que ma jambe est éraflée. Je regarde : mon pantalon est complètement déchiré à la cuisse, coupé net par l’extrémité d’un barbelais. Pas le temps de m’émouvoir, je continue à marcher. Je veux rentrer. Me poser. Je cache ma cuisse nue avec mon sac à bandoulière pour éviter que les Indiens me dévisagent encore davantage.

Portable qui sonne, SMS de Manon : « Si tu peux, achètes une pomme (et une grenade ^^), on pourrait essayer une compote ». Retour brutal à la réalité. Pas envie de rentrer dans un magasin ni le courage de parler au vendeur. Je rentre. J’arrive devant ma résidence, passe devant les gardiens sans les regarder, monte au quatrième étage en prenant les escaliers. Pas envie d’être assistée pour monter quelques marches. J’ai des jambes, moi.

Enfin, j’ouvre ma porte. Je rentre dans mon 110 mètres carré, 3 pièces, 2 salles de bains, cuisine, salle et balcon.
Je suis blanche, occidentale et riche.

dimanche 4 juillet 2010

Plongée dans un chaos vert organisé

Quand je suis arrivée à Pune, j’ai été stupéfaite par la densité de la circulation dans les rues et le brouhaha incessant qui s’en élevait. J’ai véritablement eu l’impression d’être plongée dans une marée humaine motorisée. Pourtant, ce n’était pas la première fois que je mettais les pieds dans une métropole de pays en développement… Peut-être que cette fois-ci les bruits et les images aiguisaient davantage mon attention parce que je savais que j’allais rester ici pendant un an.



Parmi touts les moyens de transport que l’on peut rencontrer – voiture, bus, « goods carrier », cyclomoteur, vélo, vache, biquette,… – il y en a un qui se détache particulièrement du lot : le rickshaw.


Ce drôle de véhicule est une sorte de taxi jaune et noir à trois roues. Je suis sûre qu’en faisant un arbre phylogénétique, on trouverait qu’il provient de l’accouplement d’une moto et d’une plaque de taule cabossée. Au cours de l’évolution, le rickshaw primitif a du subir diverses mutations et donné naissance à différentes espèces : certains ont un klaxon strident, d’autres font un bruit enroué comme s’ils imitaient le son d’un disque rayé, d’autres encore pétaradent. En revanche, tous les rickshaws muets se sont éteints : ils devaient être trop vulnérables face au trafic chaotique de la métropole… ils n’ont pu survivre selon l’implacable loi de Darwin.


Un chaos certes, mais un chaos organisé.
Comme dans toutes les métropoles indiennes, le passé rencontre le présent, la mondialisation grignote les traditions et la culture indienne se transforme au contact de la technologie et des mœurs importées d’Occident.
Les centres commerciaux flambant neufs s’élèvent à côté des petites maisons coloniales tandis que des centaines de petites échoppes en taule proposant de tout et de rien peuplent le trottoir. Sans compter les petits maraîchers qui posent leur charrette dans un coin et vendent leurs bananes, concombres et autres fruits inconnus des lointaines contrées européennes.
Parfois, on a l’impression que toute cette fourmilière va disparaître sous les hôtels de luxe en construction et sous la pression de la « modernisation ». Déjà, les mannequins minces à la peau claire monopolisent les panneaux de publicité et les boutiques de type Promod, Rolex et Vodafone font tâche d’huile. L’Occident est vu comme un modèle de réussite, LE modèle qui semble promettre bonheur et prospérité.

 














Et nous, petits blancs expatriés, nous sommes dévisagés à tous les coins de rue (surtout quand on se promène avec deux filles en cheveux courts ^^), du genre « Ah, les blancs existent pour de vrais alors ? » ou bien « Quelle décadence ! ». Souvent, on a également le droit à des petits rires sur notre passage : c’est vrai qu’il est assez rare de voir de drôles de larves blanches bipèdes avec éventuellement de gros yeux de mouches quand on porte des lunettes de soleil !


Il me reste encore à justifier l’adjectif « vert » censé qualifier Pune.
Cela peut étonner, mais cette métropole cache de nombreux jardins aux détours de ses petites ruelles. Même si pour l’instant je n’ai pas encore vu de vrais parcs, il suffit de s’éloigner un peu des grandes routes pour trouver des endroits calmes et posés.
Le premier week-end, je suis allée visiter le fort Shaniwar Wada où les premiers ministres de l’Empire du Maharastra siégeaient aux XVIIIème et XIXème siècles (avant que les Britanniques débarquent et nous fassent découvrir le thé !). C’est un endroit idéal pour se poser tranquillement par une après-midi de Juin, un bouquin à la main ou une plume au bout des doigts (reste qu’il faut réussir à ignorer tous ces Indiens qui te prennent en photo !.
Toujours est-il que l'endroit le plus vert est à cour sûr l'université... mais ça, c'est pour un autre post !